RAPPORT D'ACTIVITE 2010 DE L'ASTP
Présenté à l'occasion du Conseil d'administration du 28 avril 2011, le rapport d'activité 2010 de l'ASTP est consultable sur le lien précédent.
LANCEMENT PAR L'ASTP D'UNE APPLICATION
« THEATRES PARISIENS ASSOCIES » POUR I-PHONE
Parmi les actions de promotion engagées par l’ASTP en 2011 autour de l’enseigne « Théâtres Parisiens Associés » figurent la création et la mise en service d’une application « Théâtres Parisiens Associés » pour I-phone.
Cette application reprend les principales rubriques et fonctionnalités du site de l’enseigne www.theatresparisiensassocies.com , y compris les réservations, en les adaptant au format smartphone.
Cette application est disponible en téléchargement sur Apple store depuis le 22 juin 2011.
COMMUNIQUE DE PRESSE : L’ASTP ADOPTE UN NOUVEAU DISPOSITIF
D’AIDE A LA CREATION DE SPECTACLES EN TOURNEES
Réunie le 28 avril dernier, l’Assemblée générale de l’ASTP a définitivement adopté un nouveau dispositif d’aide à la création de spectacles en tournée, destiné aux adhérents de sa section « tourneurs ».
Dénommé « Aide à la production initiale en tournée », ce dispositif vise à donner une nouvelle dynamique à la création de spectacles d’art dramatique, lyrique et chorégraphique en tournées, en apportant des innovations importantes par rapport aux aides jusqu’alors proposées.
Les nouvelles aides sont assises sur deux volets distincts :
- Un volet « activité », basé sur le nombre de représentations projetées et des barèmes par représentation; ces barèmes sont différenciés selon qu’il s’agit d’une création mondiale ou d’une reprise de plus ou moins de 10 ans.
- Un volet « emploi », prenant en compte le nombre d’artistes et/ou de techniciens engagés, avec une franchise de deux emplois non aidés, dans chacune des deux catégories.
Les simulations réalisées par l’ASTP ont permis de vérifier que le nouveau dispositif était susceptible de multiplier par 2,5 le montant théorique des aides, par rapport aux aides précédemment proposées.
Plus incitatives, ces nouvelles aides présentent cependant la caractéristique d’être remboursables, en partie ou en totalité, en fonction des résultats d’exploitation de la tournée aidée ; de plus, en cas de déficit d’exploitation, elles sont plafonnées à 80 % de ce déficit, tous volets des aides confondus.
L’objectif est ainsi de se conformer aux principes de l’économie du théâtre privé, tout en s’efforçant de susciter une « spirale vertueuse » : plus on joue, plus on est aidé, mais plus il devient possible d’approcher le seuil d’amortissement.
Autre innovation importante, le calcul du résultat d’exploitation intègre, en charges, des frais « d’EOM » (Entreprises en ordre de marche), reflétant les charges fixes de l’entreprise aidée, selon le même principe que les charges de « TOM » (Théâtre en ordre de marche) prises en compte par l’ASTP dans le calcul de ses aides en faveur de théâtres couverts par sa garantie.
Une première application du nouveau dispositif est intervenue lors du « Comité tourneurs » du 10 juin, en faveur de 9 projets de créations en tournée, représentant un potentiel de 304 représentations sur la saison 2011/2012.
Un premier bilan du nouveau dispositif sera dressé par l’ASTP fin 2012, à partir des résultats des premières tournées qui en auront bénéficié.
15 juin 2011.
ELECTIONS AU COMITE DIRECTEUR DU SNDTP
L’assemblée générale du Syndicat National des Directeurs et Tourneurs du Théâtre Privé a procédé, le 10 février 2011, à l’élection d’un nouveau comité directeur.
Ont été élus comme membres du comité Madame Marie-France Mignal (Directrice du Théâtre Saint -Georges) et Messieurs Jean-Pierre Bigard (Directeur de la Comédie de Paris et du Palais des Glaces), Dominique Deschamps (Directeur du Théâtre Fontaine), Pedro Gomes (Directeur du Théâtre Mogador), Pascal Héritier (Directeur du Théâtre Tête d’Or), Stéphane Hillel (Directeur du Théâtre de Paris et du Petit Théâtre de Paris), Gérard Maro (Directeur du Théâtre de l’Œuvre), Maurice Molina (Directeur du Théâtre Comédia), Bernard Murat (Directeur du Théâtre Edouard VII), Francis Nani (Directeur du Théâtre du Palais Royal) et Stewart Vaughan (Directeur du Théâtre de la Michodière). (Les noms en gras désignent les membres du comité sortant).
Le comité a désigné en son sein un bureau constitué de Monsieur Bernard Murat, Président, Messieurs Stéphane Hillel et Gérard Maro, vice Présidents, Monsieur Pedro Gomes, Secrétaire général, Monsieur Francis Nani, Trésorier.
CHANGEMENTS AU CONSEIL D’ADMINISTRATION DE l’ASTP
A la suite de la désignation d’un nouveau Comité directeur du SNDTP, ce dernier a désigné deux nouveaux représentants au sein du Conseil d’administration de l’ASTP.
Il s’agit de Monsieur Stéphane Hillel et de Monsieur Gérard Maro, qui remplacent Monsieur Georges Terrey (Théâtre des Folies Bergères) et Monsieur Bertrand Thamin (Théâtre Montparnasse).
Pour mémoire, sur un total de 16 membres, le Conseil d’administration de l’ASTP accueille un collège des directeurs de théâtres de 8 membres, dont 5 élus par les directeurs adhérents et 3 désignés par le SNDTP.
FONDS DE GARANTIE « THEATRE PRIVE » A L’IFCIC
En complément de l’aide à la reprise et dans le cadre de ses actions de promotion et d’encouragement du Théâtre Privé, l’ASTP a passé, en 2010, une convention avec l’IFCIC (Institut pour le Financement du Cinéma et des Industries Culturelles).
En vue de faciliter l’accès au crédit bancaire de professionnels candidats à la reprise d’un théâtre, l’ASTP a doté à l’IFCIC un fonds de garantie dont l’objet est d’apporter un soutien renforcé au financement de ces opérations de transmission.
La garantie de l’IFCIC est ouverte aux entreprises éligibles à l’aide à la reprise de l’ASTP, les deux dispositifs étant cumulables
Le taux de garantie peut atteindre 70% pour les crédits n’excédant pas 1 640 000 euros. Au-delà et dans la limite de 2 300 000 euros par emprunteur, le taux de garantie sera compris entre 50 et 70%.
Les dossiers de demande de garantie seront examinés par un comité d’expert, comprenant des représentants de l’ASTP avant d’être soumis à l’accord du comité d’engagement de l’IFCIC.
Pour de plus amples renseignements, consulter le site www.ifcic.fr ou contacter Sébastien SAUNIER, directeur « Crédit aux entreprises » ( saunier@ifcic.fr )
A PROPOS DES DEBATS « POST – VALOIS » SUR LA REFONDATION
DES POLITIQUES PUBLIQUES EN FAVEUR DU SPECTACLE VIVANT
LIBRE CONTRIBUTION DU THEATRE PRIVE
La présente note est une contribution du théâtre privé, en tant que secteur professionnel représenté par l’Association pour le Soutien du Théâtre Privé (ASTP) et le Syndicat National des Directeurs et Tourneurs du Théâtre Privé (SNDTP), aux débats engagés à la suite des Entretiens de Valois.
Elle a pour objet de préciser la position du théâtre privé à l’égard de réflexions engagées au sein du ministère de la Culture sur la question générale de l’organisation et du financement du théâtre en France.
Le propos de cette note n’est pas d’exprimer des recommandations aux pouvoirs publics sur des sujets qui ne sont assurément pas de la compétence des organismes représentatifs du théâtre privé; mais à partir du moment ou les « réflexions » engagées au sein du ministère sont susceptibles d’avoir un fort impact sur son avenir, il n’est pas illégitime que le théâtre privé exprime spontanément son point de vue.
Il n’est certes pas exclu que les projets décrits ci-dessous ne reflètent en aucune façon les intentions ministérielles, mais s’ils correspondent, de près ou de loin, à des réalités, le théâtre privé a bien des raisons d’exprimer préventivement son opinion.
1. Constats à propos de l’organisation du théâtre public et de ses difficultés :
Le financement, et plus largement l’organisation du théâtre public suscitent aujourd’hui beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes, pour plusieurs raisons qui se conjuguent.
En résumé, les difficultés peuvent ainsi s’énumérer:
- On doit s’attendre à une diminution significative des financements publics (Etat et collectivités territoriales) dans les prochaines années.
C’est une donnée qu’il est inutile d’ignorer et qui obère grandement l’avenir du théâtre public, compte tenu du poids représenté dans son financement par les subventions des collectivités nationale et territoriales.
- En raison du poids représenté par les charges fixes dans les établissements subventionnés, la baisse des subventions déclenche immédiatement ses effets sur les marges artistiques ; la production et la diffusion de spectacles sont les premières victimes de cette diminution.
- On observe de profonds déséquilibres, dans le réseau des établissements subventionnés entre l’activité de création et celle de diffusion. On crée beaucoup, mais on joue, en proportion du nombre de spectacles créés, beaucoup moins.
- A côté d’un secteur institutionnel labellisé, qui fige une grande part des financements, on observe un émiettement des aides à des milliers de compagnies, souvent en grande précarité.
Beaucoup d’entre elles se trouvent dans une double situation de dépendance, à l’égard de leurs financeurs publics, mais aussi à l’égard de lieux ouverts sans contrôle, qui exploitent leurs besoins de reconnaissance.
2. Nouvelle régulation, nouvelle taxe ? La séparation théâtre public/théâtre privé a-t-elle encore une raison d’être ?
Ce qui est schématiquement décrit ci-dessus ne constitue pas un jugement, mais un constat, qui renvoie directement au but que s’étaient assignés les « Entretiens de Valois », de « refonder les politiques publiques en faveur du spectacle vivant ».
Sauf à être totalement aveugle, chacun doit convenir que les problèmes décrits ne peuvent se résoudre par des solutions purement financières, et qu’il y a lieu de repenser l’ensemble, pour trouver des équilibres aujourd’hui rompus.
Certaines solutions évoquées renvoient à cette nécessité d’une meilleure régulation, en veillant à retrouver un meilleur équilibre entre production et diffusion, ou en incitant les établissements à augmenter la part de leurs ressources propres.
Sans doute cette nécessité de régulation suppose-t-elle de revenir aussi sur le laxisme avec lequel les pouvoirs publics ont laissé prospérer un secteur déréglementé, qui alimente puissamment les excès de l’offre (ainsi, au passage, que le déficit du régime d’assurance chômage des Intermittents du Spectacle).
Au nom de cette nécessité régulatrice, et pour assurer, selon le vocable convenu, de nouvelles ressources « extra- Budgétaires », figure parmi ces « réflexions » la proposition d’instaurer une nouvelle taxe sur la billetterie des établissements, qui consisterait en réalité à généraliser la taxe aujourd’hui instaurée au profit de l’ASTP.
Poussant cette réflexion jusqu’à son terme, certains n’hésitent pas à suggérer que ce projet soit l’occasion de mettre un terme à la séparation théâtre public/théâtre privé, par la création d’un Centre national du spectacle vivant, gérant des dispositifs unifiés au profit de tous les théâtres désormais regroupés.
Ce point de vue part de l’idée que cette séparation public/privé est archaïque et forcément source de gaspillages, sans parler du fait qu’elle demeure incompréhensible aux yeux du grand public.
L’idée serait ainsi de créer, au profit du spectacle vivant, l’équivalent de ce qu’est le CNC en matière cinématographique.
Serait ainsi promu le concept d’un « théâtre d’économie mixte », intermédiaire entre ce que sont aujourd’hui le théâtre public et le théâtre privé, plus économe en deniers publics et capable, en s’appuyant sur les mécanismes d’une taxe élargie, de trouver les moyens d’une régulation efficace.
Au sein de ce nouvel organisme, pourraient ainsi co-exister des mécanismes d’aides fondés sur des dotations publiques (Etat et collectivités territoriales) et d’autres mécanismes, à vocation plus régulatrice, fondés sur les ressources d’une taxe élargie.
Autre avantage de ce projet de grand Centre national du spectacle vivant : en instaurant une taxe unique et généralisée, il permettrait de disposer d’informations précieuses sur l’économie du spectacle dans sa globalité et d’alimenter ainsi un centre de ressources national et pluridisciplinaire, dont certains déplorent aujourd’hui l’absence.
Bien entendu, un projet de cette ampleur ne peut s’improviser, d’une part parce qu’il suppose une volonté politique forte, ainsi qu’un feu vert des instances communautaires et du Parlement, et d’autre part parce qu’il bouscule le paysage et pose la question du devenir d’organismes existants.
On ajoutera également que ce projet suppose aussi une forte adhésion des collectivités territoriales, devenues les pièces maîtresses du financement du spectacle, qui ne verront pas forcément d’un bon œil cette forme inavouée de « re-centralisation ».
3. Le théâtre privé défend son existence et sa spécificité.
Pour sa part, le théâtre privé ne peut accepter un tel projet et tient, sans parti pris ni polémique, à expliquer les raisons de son opposition.
Le propos n’est pas, bien évidemment, de s’opposer à la volonté ministérielle de « refonder les politiques publiques en faveur du spectacle vivant », dont on comprend bien les motifs.
Il est avant tout de montrer en quoi le projet de taxe généralisée présente le double inconvénient de ne pas répondre aux difficultés du théâtre public et de porter en germe le risque d’une disparition pure et simple du théâtre privé, ce qu’on peut donc appeler un scénario « perdant/perdant ».
Pour appuyer la démonstration, trois points doivent être développés :
- Dresser un bref rappel de l’origine de la co-existence théâtre public/théâtre privé.
- Démontrer en quoi les mécanismes d’une taxe sur la billetterie ne sont pas applicables au théâtre public.
- Démontrer en quoi une généralisation de cette taxe contient en germe la disparition du théâtre privé.
a. La co-existence théâtre public/théâtre privé :
L’appellation « théâtre privé » s’est généralisée à compter du jour où l’Etat a développé une politique ambitieuse de financement public du théâtre, mouvement qui n’a fait que s’amplifier depuis l’après guerre ; il devenait nécessaire de différencier les deux, sachant que l’on s’est mis à dénommer « le théâtre privé », ce qu’on appelait avant « le théâtre ».
Il n’est pas abusif de dire qu’au moment de la plus forte expansion de cette politique de développement du théâtre public, sous l’ère Malraux, la question de la survie du théâtre privé a été clairement posée, dès lors qu’il s’est trouvé confronté à la rude concurrence d’un théâtre dont l’économie générale est en grande partie financée par l’impôt.
Le choix aurait pu être fait non pas de « nationaliser » les théâtres privés, du moins de laisser ces théâtres se confronter aux seules lois du marché, ce qui aurait immanquablement abouti sinon à leur destruction pure et simple (la plupart sont protégés), du moins à leur transformation en « garages » ouverts à la location, renonçant ainsi à toute vocation théâtrale au sens de leur direction artistique.
Tel n’a pas été le choix des pouvoirs publics, et on peut dire que la création de l’ASTP en 1964 aura traduit la volonté de l’Etat et des professionnels de sauvegarder une activité théâtrale privée au sens fort du terme, c’est-à-dire impliquée dans la création, revendiquant une ligne de programmation et supportant les risques de la production.
Le véritable pacte que constituait cette fondation de l’ASTP repose sur un postulat selon lequel les deux théâtres n’obéissent pas aux mêmes lois :
- D’un côté, le théâtre public est en grande partie financé par l’impôt, pour qu’il soit en mesure de proposer des spectacles sans faire supporter l’intégralité de ses charges par le prix du billet acquitté par le spectateur (en vue de permettre « L’accès du plus grand nombre aux œuvres de l’esprit »).
- De l’autre, le théâtre privé doit se fixer comme objectif d’équilibrer son exploitation, par ses seules recettes propres, étant entendu que le prix du billet se voit majorer d’une taxe (au taux de 3,5 %) dont le produit alimente un Fonds de Soutien.
Ce mécanisme instaure une solidarité et mutualise les risques, les succès des uns permettant de compenser les échecs des autres.
Tout au long de l’histoire, bientôt cinquantenaire, du Fonds de Soutien, les recettes de la taxe n’auront jamais suffit à elles-seules à financer cette solidarité ; des compléments de financement de l’Etat, puis de la Ville de Paris, auront permis de tenir cet équilibre, sans qu’il s’agisse, en aucune façon, de subventionner le prix du billet, mais uniquement d’abonder les mécanismes de la garantie, mobilisés en cas de déficit.
En tout état de cause, ces dotations publiques demeurent marginales, rapportées à l’économie du théâtre privé, puisqu’elles représentent aujourd’hui de l’ordre de 5 % du compte d’exploitation des seuls théâtres privés parisiens.
Ce bref rappel historique est utile pour bien comprendre que la politique théâtrale engagée par l’Etat au cours des 50 dernières années ne s’est pas limitée à « investir », dans le théâtre public, mais qu’elle s’est aussi attachée à trouver les moyens de maintenir une activité théâtrale privée forte et dynamique.
La création de l’ASTP n’est pas le signe d’un repli des théâtres privés ; c’est la conséquence d’un accord négocié avec l’Etat, sans lequel le théâtre privé n’aurait pu survivre.
b. En quoi les mécanismes d’une taxe sont-ils incompatibles avec la notion même de théâtre subventionné ?
La taxe, ici comme dans d’autres secteurs, exerce une fonction régulatrice, permettant d’accompagner et de corriger les lois du marché.
Elle est d’autant plus utile dans le théâtre qu’il s’agit d’une activité à risque, dans laquelle les succès, comme les échecs, sont imprévisibles, et qu’ils se succèdent, d’un théâtre à l’autre, de façon très aléatoire.
Ce système n’a donc de sens que s’il repose sur le postulat d’une volonté et d’une capacité d’équilibrer son exploitation, et ce n’est pas un hasard si de tels systèmes sont en vigueur dans des secteurs générant de fortes ressources propres, dont le théâtre privé, mais aussi le cinéma ou les spectacles de variétés, ceux-ci bénéficiant en outre des fortes recettes générées par les films étrangers ou les concerts de variétés internationales.
C’est d’ailleurs tout le sens des réformes énergiques adoptées par l’ASTP en 2007, qui se sont attachées, non sans douleur, à refonder ses mécanismes régulateurs en obligeant ses théâtres adhérents à respecter les objectifs d’équilibre d’exploitation, y compris pour les théâtres dotés des jauges les plus modestes.
Dans ces conditions, vouloir appliquer une taxe sur les recettes propres d’établissement très majoritairement financés par subvention est un non sens.
D’une part, la taxe viendra renchérir le prix d’un billet que la subvention a justement pour objet de diminuer.
D’autre part, compte tenu de l’étroitesse de l’assiette, le produit de cette taxe sera forcément symbolique, sauf à lui appliquer un taux démesuré, au risque de rendre le prix du billet inaccessible ; bref, la quadrature du cercle.
Enfin et surtout, on ne voit pas en quoi cette nouvelle taxe est susceptible de procurer de « nouvelles ressources extra budgétaires », permettant de compenser partiellement d’éventuels désengagements publics ; encore une fois, la taxe n’est pas un outil de financement, une recette supplémentaire dans un compte d’exploitation, mais un outil de régulation, au profit d’entreprises en capacité d’équilibrer cette exploitation.
Dans ces conditions, on peut facilement comprendre les réserves, voire l’hostilité des représentants du théâtre subventionné à l’égard de ce type de projet qui a tout du marché de dupe dès lors qu’il laisse penser que les produits de la taxe viendront miraculeusement compenser des réductions de subvention.
En réalité, le projet n’aurait de sens que s’il visait, à terme, à une forme de « privatisation » du théâtre subventionné, en misant sur une inversion progressive de la part des subventions et des recettes propres.
Ce serait, pour le moins, une remise en cause radicale de la politique culturelle suivie depuis plus d’un demi siècle, et sans en arriver à de telles extrémités, on peut sans doute imaginer de façon plus réaliste l’avenir du théâtre subventionné, sans l’obliger à renoncer à ses principes fondateurs.
c. En quoi le projet de taxe élargie contient-il en germe la disparition du théâtre privé ?
Le point de vue exprimé ici n’est pas de donner des leçons ou d’indiquer à l’Etat la bonne marche à suivre.
Mais il serait anormal qu’à vouloir résoudre des difficultés dont le théâtre privé n’est en rien responsable, on mette en œuvre des solutions susceptibles de lui porter gravement et définitivement atteinte.
Le projet de création d’une taxe élargie suppose, comme on l’a déjà indiqué, une étude de faisabilité associant tous les acteurs publics concernés, bien au-delà du seul ministère de la Culture.
Ce dernier pourrait, dans un premier temps, plaider la cause d’une juxtaposition de dispositifs voisins, avec le maintien d’une taxe ASTP et d’une taxe CNV, complétées l’une et l’autre par une « taxe du 3è type » susceptible de s’appliquer aux recettes de tous les autres spectacles aujourd’hui non taxés, notamment celles du théâtre subventionné.
Ainsi, comme déjà évoqué dans une précédente note de l’ASTP, le même établissement subventionné pourrait-il être taxé, la même semaine :
- Un premier soir, au profit de l’ASTP, pour un spectacle dramatique dont la production fait intervenir un entrepreneur privé non subventionné.
- Un deuxième soir, au profit du CNV, pour un spectacle de variétés.
- Un troisième soir, au profit d’un nouvel organisme, pour un spectacle n’entrant pas dans les champs de perception des deux organismes précédemment cités.
Honnêtement, à qui fera-t-on croire la faisabilité d’un tel scénario ?
Immanquablement, la création d’une taxe « élargie » passera par un regroupement, une centralisation, au profit d’un collecteur unique, et cette perspective pourrait séduire ceux qui, à courte vue (et parfois peut-être, de bonne foi), voient dans la séparation public/privé une source de gaspillages et de complexité inutile. (En oubliant au passage que dans bien des secteurs, comme l’enseignement, la médecine ou les transports, la co-existence d’un secteur public et d’un secteur privé est davantage vécue comme un atout que comme un handicap).
On peut donc s’attendre à ce que le processus enclenché débouche rapidement sur une mise en cause de l’existence même de l’ASTP et des mécanismes spécifiques qu’elle déploie, ce qui revient, à terme, à mettre fin à l’existence d’un théâtre privé, et indépendant.
Ainsi s’achèvera l’écriture du scénario perdant/perdant, débouchant sur une véritable usine à gaz inadaptée aux besoins du théâtre public, et la disparition progressive d’un théâtre privé, littéralement happé dans un nouvel ensemble dont la lourdeur et la complexité ne seront pas compatibles avec la souplesse et la réactivité nécessaires des mécanismes sur lesquels il s’appuie aujourd’hui.
4. Le théâtre privé propose d’avancer de façon pragmatique sur des solutions concrètes :
Vu du côté du théâtre privé, dans le respect des responsabilités de chacun, le propos n’est pas de plaider pour un statu quo.
Le théâtre privé ne peut ignorer les débats qui agitent le théâtre public, son organisation, son financement, ne serait-ce que parce qu’existent des liens et des interdépendances entre les deux (C’est ainsi que les difficultés budgétaires rencontrées par un nombre croissant de diffuseurs subventionnés en régions ont un effet sensible sur la diffusion des pièces issues du théâtre privé).
Mais comme on s’est efforcé de l’exposer, à partir d’une analyse objective et partagée de la situation, il s’agit de pointer les fausses bonnes idées et les solutions qu’elles peuvent inspirer.
A ce stade, le théâtre privé tient à exposer les points suivants :
- Il confirme sa volonté d’être pleinement associé aux nouvelles rencontres annoncées par la DGCA sur la question des liens public/privé et du développement de leurs collaborations.
Il considère que ces débats ne doivent pas occulter les différences, mais permettre d’examiner les conditions d’une meilleure circulation des œuvres et des spectacles, dans un sens comme dans un autre.
Plutôt que de s’engager sur des projets lourds, complexes, et coûteux de co-productions, le théâtre privé estime préférable de privilégier cette notion de circulation des spectacles, en trouvant les moyens de leur assurer de nouvelles opportunités de diffusion d’un secteur à l’autre.
D’un mot, si l’on s’en tient à la chronologie des spectacles, il est plus facile de lancer des passerelles « en aval », plutôt « qu’en amont ».
- Il rappelle que les textes régissant la perception de la taxe perçue par l’ASTP prévoient l’assujettissement des spectacles co-produits ou co-réalisés entre partenaires publics et privés.
Il précise que ces dispositions autorisent sans contestation l’accès à la garantie de spectacles présentés dans des théâtres privés, et co-produits ou co-réalisés avec des partenaires subventionnés, notamment des compagnies.
Il souligne l’intérêt de ces opérations pour les deux partenaires impliqués, qui mériteraient certainement d’être davantage promues et développées.
- Il entend profiter de ces rencontres pour exposer les grandes lignes des projets engagés par l’ASTP visant à dynamiser les créations de spectacles en tournée.
D’une façon générale, le théâtre privé considère que ces pistes de réflexion, et les réalisations auxquelles elles permettront d’aboutir peuvent représenter d’utiles contributions aux débats en cours sur l’organisation et le financement du théâtre.
Il estime de loin préférable d’avancer de façon pragmatique sur de telles pistes de travail, même si elles ne peuvent à elles-seules résoudre toutes les difficultés actuelles, plutôt que de subir passivement les conséquences négatives des projets décrits ci-dessus d’élargissement ou de généralisation d’une taxe sur le spectacle.
17 mai 2010.